Labels bio : ce que AB, Eurofeuille et Demeter garantissent vraiment

Le label AB et l’Eurofeuille garantissent exactement la même chose depuis le 1er janvier 2009. Aucune différence de cahier des charges, aucune exigence supplémentaire d’un côté ou de l’autre. Si vous choisissez un produit AB en pensant qu’il est plus strict que l’européen, vous payez pour une habitude, pas pour une garantie.

Voici ce que chaque logo engage réellement.

L’Eurofeuille, le seul obligatoire

La feuille verte étoilée est obligatoire depuis le 1er juillet 2010 sur tous les produits bio alimentaires fabriqués dans l’Union européenne. C’est le socle réglementaire, défini par le règlement européen sur l’agriculture biologique.

Ce qu’elle garantit concrètement : pas de pesticides ni d’engrais chimiques de synthèse, pas d’OGM, et pour les produits transformés, au moins 95 % d’ingrédients agricoles issus du bio. À côté du logo figurent le numéro d’agrément de l’organisme certificateur et l’origine des matières premières. Ce numéro est vérifiable, c’est la partie la plus utile de l’étiquette.

Le label AB, français et désormais facultatif

Créé en 1985 par le ministère de l’Agriculture, le label AB a longtemps été plus exigeant que la moyenne européenne. Depuis 2009, il est aligné sur la réglementation européenne et il n’est plus obligatoire. L’Eurofeuille a vocation à le remplacer progressivement.

Il reste très présent sur les emballages parce que les Français le reconnaissent mieux. C’est un argument de notoriété, pas de qualité.

Les labels privés qui vont plus loin

Trois certifications privées imposent des cahiers des charges plus stricts que le minimum européen. Elles se superposent au bio, elles ne le remplacent pas.

Demeter, créé en 1932, certifie l’agriculture biodynamique. Un produit doit d’abord être certifié bio pour y prétendre. Les exigences portent sur la vie des sols et la biodiversité, avec des pratiques spécifiques comme les préparations à base de silice ou de bouse. Une partie de ces pratiques relève d’une approche philosophique dont l’efficacité n’est pas démontrée scientifiquement. Ce qui est en revanche mesurable, c’est l’exigence accrue sur la fertilité des sols et l’autonomie de la ferme.

Bio Cohérence est né en 2010, précisément en réaction à l’assouplissement du cahier des charges AB de 2009. Les producteurs qui l’ont créé jugeaient la réglementation européenne trop permissive. Le label impose notamment 100 % d’ingrédients bio dans les produits transformés, contre 95 % pour l’Eurofeuille.

Nature et Progrès fonctionne par mention associative et intègre des critères sociaux et économiques que le bio réglementaire ignore : taille des exploitations, équité des rémunérations, circuits de distribution.

Ce que le bio ne garantit pas

Trois confusions coûtent cher.

Le bio ne garantit pas le local. Une pomme bio peut venir du Chili. L’origine des ingrédients figure sous le logo, en petits caractères : « Agriculture UE », « Agriculture non UE », ou le pays. C’est cette ligne qu’il faut lire, pas le logo.

Le bio ne garantit pas la qualité nutritionnelle. Un biscuit bio reste un biscuit : sucre, farine raffinée, matière grasse. Le cahier des charges porte sur le mode de production agricole, pas sur la composition finale.

Le bio n’interdit pas tous les additifs. Il en autorise environ cinquante, contre plusieurs centaines en conventionnel. C’est nettement moins, mais ce n’est pas zéro.

Les mentions sans valeur réglementaire

« Naturel », « fermier », « à l’ancienne », « recette de grand-mère », « sans ajout de » : aucune de ces mentions n’est encadrée par un cahier des charges vérifiable. Un produit « naturel » n’a rien de certifié.

À distinguer des logos officiels avec cahier des charges : Label Rouge pour la qualité gustative, AOP et IGP pour l’origine géographique. Ces derniers garantissent quelque chose de précis, mais rien sur le mode de production biologique.

La méthode en magasin

Dans l’ordre, sur un emballage :

L’Eurofeuille présente ou absente, c’est la seule question binaire. Puis la ligne d’origine sous le logo, pour savoir d’où ça vient. Puis la liste des ingrédients, qui dit ce qu’il y a dedans quel que soit le logo. Les labels privés en dernier, comme bonus.

Un produit bio, local, à liste d’ingrédients courte bat un produit bio importé à liste longue. Le logo est un point de départ, pas une conclusion.